Historique de la glycogénose de type IV

La Maladie du Stockage du Glycogène (GSD IV) chez les chats norvégiens

par John Fyfe, DVM, PhD©
Traduction Thierry Roland

La découverte de la maladie du stockage du glycogène (GSD IV) en 1988

En novembre de 1994 l'association des amateurs de chat des forêts de norvégiennes (NFCFA) a célébré le 15ème anniversaire de l'élevage du NFC en Amérique du nord avec une exposition spéciale à Wilmington (Delaware).

J'étais très heureux d'être invité à parler devant l'assemblée des membres au sujet de cette maladie génétique chez le NFC (Norwegian Forest Cat).


En 1988, alors que j'enseignais dans la section de la génétique médicale à l'hôpital vétérinaire de l'université de la Pennsylvanie, j'était invité par le neurologue à examiner deux NFC apparentés montrant une maladie qui n'avait jamais été rencontrée chez les chats dans ce pays (ou ailleurs, d'après ce que je savais).

Deux choses se sont produites les semaines suivantes : Je suis devenu amoureux de cette race, et cette nouvelle maladie est devenue l'une de mes priorité en matière de recherche. Mon intention dans cet article est de décrire ce que nous avons appris au cours des six dernières années avec comme objectif de prévenir les éleveurs de NFC de ce disfonctionnement et d'éclairer ainsi le processus de recherche.

Un mâle âgé de 10 mois et une femelle âgée de 12 mois ont été amenés à la clinique, ensemble. Ils avaient été élevés dans des familles différentes et semblaient parfaitement normaux jusqu'à environ 5 mois. Plus tard un troisième chaton d'une autre partie du pays, mais avec des ancêtres communs, a été amené dans une autre école vétérinaire pour le même diagnostic. Un quatrième chat était euthanasié sans diagnostic par un praticien local. La maladie a débuté et s'est développée de manière identique pour tous. Les premiers signes étaient un léger tremblement musculaire et une température corporelle élevée. La fièvre n'a pas répondu aux antibiotiques ou à la de corticothérapie, et les tremblements ont progressé au bout de quelques semaines avec des sursauts musculaires. Les chats sont devenus plus faibles et ont eu plus de difficulté à marcher.
Trois mois après le début des premiers signes, ils ne pouvaient plus marcher en raison de l'atrophie musculaire, de la faiblesse et de contractures de quelques muscles, de sorte que les articulations des pattes ne bougeaient plus. Tous les chats affectés nécessitaient des soins constants, y compris une alimentation manuelle et devaient être aidés pour aller dans la litière.
Un des chats a été soigné à domicile, par le choix des propriétaires, jusqu' à 13 mois,où il mourut d'un arrêt cardiaque. Les autres chats étaient euthanasiés en raison de leur état, et des autopsies complètes ont été exécutées.


Les résultats des examens au microscope des tissus affectés ont suggéré la possibilité de la maladie de stockage de glycogène IV (GSD IV) provoqué par manque d'enzyme branchante de glycogène (GBE). Ceci a été confirmé dans le laboratoire par l'analyse biochimique des tissus qui avait été congelés au moment de l'euthanasie.

Le glycogène est la forme de stockage de glucose chez les chats et d'autres mammifères. Plusieurs étapes sont nécessaires dans la formation et l'utilisation du glycogène pour la santé normale, et chacune de ces étapes de métabolisme est commandée par une enzyme. Les enzymes sont des protéines qui commandent les changements chimiques dans les systèmes biologiques.Une mutation du gène GBE a supprimé l'activité de l'enzyme.Les chats affectés n'ont aucune protéine de GBE dans le tissu du foie, et les résultats récents démontrent un défaut dans la manifestation de la GBE. D'autres études de laboratoire ont renforcé cette hypothèse.
L'importance de ces résultats montrent que la plupart des chatons affectés sont morts-nés ou meurent dans des heures qui suivent la naissance.

Au commencement nous avons examiné quelques chatteries de chats norvégiens, et en dépit de plusieurs porteurs ayant été mariés dans ces chatteries, il n'y eut aucun des chatons qui fut affecté des symptômes décrits ci-dessus.

Pour examiner plus loin ce phénomène, nous avons établi un programme d'élevage sur la base d'un mâle bien connu pour être porteur de GSD IV. Parmi plusieurs accouplements de porteur à porteur, 11 chatons affectés ont été produits. Seul un d'entre eux a survécu à la naissance, et ce chaton a développé la même progression de la maladie que ce qui a été vu chez les chats précèdents. Les chatons affectés étaient 21% de ceux produits, les chatons mâles et femelles étaient également représentés. Les résultats de ce programme d'élevage étaient entièrement conformes à la transmission récessive d'enzymes de la GSD IV et indiquent que chaque chat qui produit un chaton affecté, autant mâle que femelle, est un porteur de GSD IV.
Qu'une si grande proportion de chatons affectés soient morts-nés explique pourquoi nous avons reconnu aussi peu de chatons affectés dans les chatteries que nous avons examinées au commencement.
En général, dans les élevages de chats de race, une mortalité néonatale, toutes origines confondues, aussi élevée que 20 % n'est pas considérée comme anormale, et les chatons morts-nés sont habituellement jetés sans recherche de cause.

Heureusement, la GSD IV peut être diagnostiquée chez les chatons morts-nés par une analyse de tissus "fixés au formol". Par conséquent, si on suspecte le problème dans une chatterie, tous les chatons morts-nés ou chatons mourant dans quelques heures suivant la naissance devraient être examinés immédiatement par un vétérinaire.

Il y a beaucoup de soucis concernant la GSD IV parmi des éleveurs de NFC pour plusieurs raisons. La perte de 25% de chatons, en moyenne, dans les mariages de porteur à porteur est certainement une perte économique. Plus important, cependant, les chatons affectés qui survivent à la naissance provoquent desterribles perturbations émotives dans les familles qui les achètent quand l'inévitable processus de la maladie se développe. Évidemment ceci crée une mauvaise publicité pour le NFC, pour l'éleveur, et pour le milieu du chat de race en général. Preuve en est l'article de Time magazine attaquant l'AKC (déc. 12, 1994).
Un point très important à se rappeler est que les maladies génétiques se produisent dans toutes les races de chats et de chiens. Il n'y a pas de honte à avoir en face du GSD IV chez le NFC. Ce qui serait honteux, cependant, serait de ne faire rien à son sujet.

Que pouvons nous faire?
Actuellement, rien ne peut être fait pour traiter les chatons affectés. Le processus de la maladie semble être inévitable et mortel. Des efforts doivent être faits pour empêcher de produire des chatons affectés, et il est important d'adopter une stratégie à visée lointaine. Comme avec toutes les maladies récessives, la difficulté est dans l'identification sans équivoque des chats porteurs.
Toutes les fois qu'un porteur est utilisé, une moitié de la progéniture sera porteur. Pendant que les générations passent, la probabilité que des porteurs soient mariés augmente.
Quand des porteurs sont mariés ensemble, 25% de la progéniture, en moyenne, sera affecté, et deux tiers des chatons médicalement normaux seront des porteurs.
Si des porteurs peuvent être déterminés avec exactitude, ils peuvent être retirés de la reproduction pour ne pas augmenter le fardeau génétique. Grâce à la détection précise de porteur, les chats porteurs peuvent être vendus en compagnie ou, au besoin pour préserver des critères recherchés, peuvent être mariés aux chats non porteurs et à la progéniture examinée pour vérifier leur statut

Nous travaillons actuellement à développer une analyse ADN basée sur la détection de porteur. Mon établissement, université de l'Etat du Michigan, a soutenu cet effort en le subventionnant à hauteur de 10 000 $. Le test nécessitera quelques gouttes  de sang qui peuvent être envoyées par le courrier dans un tube à essai. Nous espérons qu'un tel test coûtera moins de 50$. S'il y a participation active aux tests, on peut éliminer la GSD IV du norvégien dans un temps relativement court. Si les éleveurs ne prennent pas la responsabilité d'éliminer les porteurs de la reproduction, la prévalence de la maladie augmentera inévitablement.

On peut se demander comment un désordre dans une race rare de chat, qui affecte apparemment peu de chats, a attiré l'attention des chercheurs et l'engagement de fonds. Il y a eu depuis longtemps une prise de conscience que les humains et les chats (et les chiens, souris, rats, vaches, etc., dans ce cas) sont beaucoup plus semblables physiologiquement et génétiquement qu'ils sont différents. Pour cette raison, l'institut national de la santé, dont la mission est d'étudier des causes et des traitements de la maladie humaine, a longtemps fourni des fonds pour la recherche sur des maladies d'animaux apparentés. Les études des animaux étaient essentielles dans la conquête de la poliomyélite, de la variole, du rachitisme, et d'autres maladies précédemment communes d'origine infectieuse ou alimentaire auxquelles nous ne pensons plus guère de nos jours. Les différentes maladies génétiques humaines sont si rares que les études et le traitement sont souvent impossibles sans études chez les animaux. Quand une maladie génétique se produit spontanément dans une famille des chats, comme dans ce cas-ci, elle présente une occasion unique d'observer la maladie et d'essayer les interventions thérapeutiques qui peuvent plus tard être applicables aux patients humains. Une circonstance heureuse est que ce faisant nous apprenons beaucoup de ce qui est applicable au diagnostic et à la détection de porteur de la maladie d'animaux et à la pratique de la médecine vétérinaire.

Nous  sommes tous  préoccupés par le coût dela santé de nos jours, et parfois les gens pensent que dépenser de l'argent pour étudier une maladie génétique rare est du gaspillage. En fait, cependant, c'est parfois de l'argent très bien dépensé. Par exemple, au-dessus de la vie d'un simple enfant en bas âge avec une maladie héréditaire métabolique appelée le phenylketonuria (PKU) (vérifiez vos boites de soda light), qui devient un  sévère handicap mental à cause d'un diagnostic trop tardif, les coûts induits pour le  système de santé sont beaucoup plus élevés que le coût du programme de dépistage néonatal qui est en place dans la plupart des états.
Bien que la GSD IV soit très rare chez l'homme,les informations sur la maladie du norvégien feront avancer la médecine humaine.
L'avantage secondaire pour le norvégien et tous ceux qui les aiment sera de détecter précisément et aisément les porteurs. Cette occasion d'éliminer la GSD IV dans la race est de notre responsabilité.



copyright ©www.norvegien.com contact

eXTReMe Tracker